12.05.2011 – La Charte œcuménique, 10 ans après
Quelques réflexions personnelles après la journée commémorative à l’Université de Fribourg, le 9 mai 2011
Que de chemin parcouru depuis la Conférence missionnaire d’Edinburgh en 1910, première manifestation du mouvement œcuménique en gestation.
Le Conférence internationale de « Foi et Constitution » à Lausanne en 1927, la semaine de prière pour l’unité des chrétiens de l’abbé Paul Couturier dès 1930 (et avec Richard Bäumlin d’Erlenbach la création du groupe des Dombes), la constitution du Conseil œcuménique des Eglises à Amsterdam en 1948, ce sont encore majoritairement des hommes inspirés par l’Esprit qui se sont tendu la main.
Pourtant les femmes donnent un signal prophétique fort en 1958, à la SAFFA de Zürich, l’exposition nationale pour le travail des femmes : un lieu de culte et de recueillement d’emblée œcuménique (la « Saffa-Kirche »), idée reprise à l’exposition nationale de Lausanne en 1964. L’époque de l’aggiornamento du Concile Vatican 2, suivie des Synodes catholiques, du mouvement « Synode protestant suisse », un chemin prometteur conduisant aux rassemblements de Bâle, de Graz…et tout naturellement à la Charte œcuménique.
Cette charte, élaborée par la KEK et le CCEE, est signée en 2001 à Strasbourg. Ce n’est pas un texte dogmatique, mais une invitation pressante aux Eglises à s’engager toujours à nouveau dans différents domaines de la vie, spirituelle, matérielle, sociale et publique.
L’Université de Fribourg (avec la professeure Barbara Hallensleben de l’Institut d’études œcuméniques) tient à faire un arrêt sur image dix ans après, en organisant une rencontre riche en apports théoriques, pratiques et occasions d’échanges nourrissant le réseau œcuménique. L’Université de Fribourg, un haut lieu de l’oecuménisme en Suisse ! Il lui appartient, ainsi qu’à la CTEC, de tirer les conclusions de cette journée et de les traduire en impulsions nouvelles.
Oui, nous sortons de cette journée avec une conviction affermie : un « Alleingang » n’est plus possible pour nos Eglises en Europe. Mais…
…que de chemin à parcourir encore !
Car les regards critiques ne manquent pas.
- restons-nous « pacifiquement divisés », nouvelle forme de cohabitation désabusée ?
- vivons-nous en Eglise, dans le contexte de désécularisation, un repli sur nous-mêmes devant des difficultés grandissantes ? Deviennent-elles, nos communautés, Eglises pour elles-mêmes (en recherche de sécurité) au lieu de devenir Eglises pour le monde ?
- pourquoi une si faible participation à cette journée ? A part les « habitués » de telles manifestations, nous n’avons vu que très peu d’intérêt de la part des Eglises de la CTEC et de tous ses membres. Nous aurions pu être dix fois plus que la petite quarantaine qui a suivi la journée jusqu’au bout, se terminant par un office orthodoxe dans un jardin du quartier (où un prêtre orthodoxe vient de terminer une fresque occupant tout un pan de maison – au soleil couchant, on se serait cru en Moldavie).
- comment vaincre les résistances, celles en particulier de communautés orthodoxes (pourtant l’orthodoxie, Prof. Viorel Ionita et le Métroplite Jérémie en tête, est une des chevilles ouvrières de la charte) ? Et que faire de la résistance de tous ceux qui pensent que l’œcuménisme est une trahison par rapport à leur vérité, ou un luxe pour une classe d’initiés ?
La prochaine étape ?
Nos seulement créer des passerelles, mais de véritables invitations, sans arrière-pensées de récupération. Réveiller cet enthousiasme d’il y a 50 ans, lui donner des formes adaptées à notre génération, un nouveau but, visant l’unité dans nos diversités, et l’amour comme moteur de l’Evangile proclamé.
La charte nous a été donnée il y a dix ans, elle est venue d’en haut, des directions des Eglises européennes. Le « Label œcuménique » décerné par la CTEC depuis trois ans vise un mouvement inverse. Faire connaître en haut et alentours ce qui se vit avec bonheur à la base qui est, qui reste acquise à l’unité (c’est peu dire, en Suisse romande que je connais, l’Etat même nous pousse au partenariat).
Bientôt au terme d’un engagement œcuménique de laïc puisant ses sources dans l’élan de la fin des années cinquante, j’émets un vœu sincère : que chacune, chacun, à sa place fasse de l’œcuménisme sa priorité, même s’il faut jeter par-dessus bord des principes et des habitudes qui sécurisaient notre parvis. Se dépouiller de ses sécurités, s’ouvrir à l’accueil du Christ….aidez-moi à rêver cette réalité du Royaume.
Paul Schneider, membre réformé de la Commission du « Label œcuménique », médecin retraité, ancien membre du Conseil de la FEPS
Martin Hoegger, Les dix ans de la Charte œcuménique européenne.

